From my Wound with love

Nous sommes toutes et tous des êtres blessés. Et nous tendons tous instinctivement à la guérison. Parce que même si certains résistent à la guérison il n’est pas question d’un refus. Cette résistance au changement est en géneral mal perçue, le plus souvent il ne s’agit pas de mauvaise volonté. Il s’agit d’un processus de défense psychique. Au point de vu fonctionnel, notre cerveau a pour mission principale de nous maintenir en vie. Notre système interne alors, maintient en place stratégiquement ce qu’il pense nécessaire à notre survie ou ce qui nous évite de souffrir plus que ce que nous souffrons déjà.

Nous nous sommes tous construits en faisant face à des blessures et des conditionnements qui ont généré de la douleur. Mais à force de se répétés ou d’être « revécus » comme des films que l’on se repassent en boucle, la douleur c’est transformées en souffrance. Construisant ainsi une réalité émotionnelle – et des croyances limitantes – entrainant des répercussions sur notre identité. De simples mémoires se sont transformés en souvenirs traumatiques autour desquels l’identité a trouvé fondation. On parle d’identité traumatique : « Je suis celle qui a survécue » « Je suis celle qui porte le poids de toute une famille » « Je suis l’enfant mal dans sa peau »… C’est une identité enfermante mais c’est une identité qui apporte une réponse sécurisante au système nerveux, et un ou plusieurs bénéfices secondaires inconscients.

Les symptômes qui découlent de notre identité peuvent par exemple apporter une forme de légitimité à nos actions ou non-actions, une protection contre l’échec ou la réussite – si elle est perçue comme un danger dans notre système de croyances. Il est finalement plus facile de rester dans notre souffrance habituelle que de traverser l’angoisse du vide, la perte d’une part de notre identité ou de nos repères. La psyché nous évite ce qui est risqué. Ce qui peut potentiellement faire encore plus mal. Ainsi tant qu’un symptome sert une cause qui est perçue comme nécessaire à notre survie, il ne disparaît pas. Ce n’est pas un échec, c’est une stratégie.

Guérir est synonyme de perte : de l’identité, de l’histoire que je me raconte pour valider cette identité, du statut légitime de victime ou autre, de l’attention, d’un environnement habituel, de certaines personnes… L’humain est conditionné pour voir en premier ce qu’il pert et il supporte très mal là perte. Cela lui demande un vrai travail de conscience pour voir ce qu’il peut gagner au delà de ce qu’il pert. Au delà de la traversée du vide et le deuil que cela implique de quitter sa zone de gestion.

Le corps cherche ce qu’il a l’habitude de vivre, ce qui se répète alors que notre âme cherche la paix. Ceux qui ont un système interne habitués à l’insécurité vont trouver le calme suspect et voir la stabilité comme un danger. Un jeune homme, un jour m’a confié qu’il avait peur d’être heureux parce qu’il ne savait pas ce qu’était le bonheur…Drame, conflit, crise, chaos définissent alors la normalité. Il faut réapprendre à vivre avec un système nerveux regulé. C’est comme arriver dans un nouveau pays, avec une nouvelle culture et devoir s’adapter aux « étrangers », aux dangers inconnus de ce nouveau territoire.

Rester enfermé dans une posture de victime est une posture d’évitement même si elle est une posture de protection. Elle évite la responsabilité, minimise le sentiment de culpabilité et évite l’angoisse de faire des choix. Elle maintient dans une stagnation qui prive de liberté mais qui rassure. Elle autorise a projeter nos manquements sur les autres. Les plus proches mais aussi les institutions, Dieu, l’Univers.

Alors finalement guérir nécessite un engagement. Au-delà de la thérapie, il s’agit d’une bascule existentielle. Il s’agit de reprendre les rênes. Il s’agit d’arrêter de se raconter les mêmes histoires en boucle pour expliquer en quoi notre passé est responsable de notre présent. Il s’agit de choisir d’avancer vers ce qui vient. Il n’est pas question de ne pas reconnaître ce qui a été souffrant, il est question de décider le cœur et les yeux grands ouverts de s’engager sur la voie qui libère.

Ça demande de rompre avec ce qui nous maintient prisonnier : des loyautés invisibles, des histoires déformées fondatrices de notre identité, des rôles qui ne nous appartiennent pas, des justifications insensées… Ça demande du courage. Le courage de reprendre notre pouvoir de décision. Le courage d’être avec soi. Le courage de contenir tout ce qu’implique être courageux : la sensation de mise a nue, la sensation d’insécurité, la sensation de perte, la sensation de vide.

Vous l’aurez compris la guérison à un prix exigeant qui nécessite d’être reconnu. Mais refuser de guérir pour rester dans l’illusion de la sécurité aussi à un prix : la liberté

La guérison n’est pas un jeu fini avec des gagnants et des perdants. Elle s’inscrit dans un jeu infini, à l’image de la vie elle-même : Il faut accepter de perdre pour mieux gagner.